Parc de Filadelfia, dans la colonie mennonite de Fernheim (Chaco), avec un chariot de pionnier sous un grand arbre

Mennonites du Paraguay : histoire, colonies et coopératives

Les mennonites du Paraguay : origines, loi 514 de 1921, colonies du Chaco et de l'Est, population, plautdietsch, coopératives et peuples indigènes.

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Photo Josep M. Gracia, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

mennonites au Paraguay en 2022, selon un décompte mennonite repris par Wikipédia
38 731
date de la loi 514, qui garantit liberté de culte, administration propre et exemption du service militaire
26 juil. 1921
colons venus du Canada en 1926-1927 pour fonder la colonie Menno (coopérative Chortitzer)
1 743
Sommaire

Qui sont les mennonites du Paraguay ?

Les mennonites sont des chrétiens anabaptistes venus d'Europe, passés par la Russie et le Canada, qui se sont installés au Paraguay à partir de 1927. Un décompte mennonite de 2022 en compte 38 731, répartis en une vingtaine de colonies. Les trois plus connues se trouvent dans le Chaco central : Menno (Loma Plata, 1927), Fernheim (Filadelfia, 1930) et Neuland (1947). D'autres colonies existent dans la Région orientale, notamment Friesland, Volendam, Sommerfeld, Rio Verde ou Nueva Durango. Pour situer le Chaco et ses départements, voyez la carte du Paraguay.

Ils représentent moins de 1 % de la population du pays, mais leurs coopératives pèsent lourd dans le lait et la viande : le président de la Fecoprod (fédération des coopératives de production) attribue aux colonies 6 à 7 % du PIB dans un article d'ABC Color de mai 2025. Cette page reprend leur histoire, leurs chiffres et les débats qu'ils suscitent, en attribuant chaque donnée à sa source. Pour visiter le Chaco, voir le guide du Gran Chaco paraguayen.

Parc de Filadelfia, dans la colonie mennonite de Fernheim (Chaco), avec un chariot de pionnier sous un grand arbre
Un chariot de pionnier exposé dans un parc de Filadelfia, centre de la colonie Fernheim. Photo Josep M. Gracia, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

Mennonites et Amish : quelle différence ?

Les deux groupes descendent du mouvement anabaptiste du XVIe siècle. Les Amish se sont détachés des mennonites vers la fin du XVIIe siècle, sous l'impulsion de Jakob Ammann, pour suivre une discipline plus stricte. Au Paraguay, les Amish sont très minoritaires : environ 2 % des mennonites seraient d'origine suisse allemande ou amish, selon Wikipédia en, qui parle d'un petit groupe de langue anglaise et de « Pennsylvania German ». La grande majorité des colonies est d'origine russe.

D'où viennent les mennonites : anabaptisme, Russie et Canada

Le nom vient de Menno Simons, prêtre néerlandais devenu l'un des chefs de l'anabaptisme (la coopérative Chortitzer rappelle cette étymologie dans l'histoire de sa colonie). Persécutés en Europe, de nombreux mennonites se sont installés dans la plaine de la Vistule, en Prusse. Dans les années 1780, Catherine II les invite au nord de la mer Noire en échange de la liberté religieuse et de l'exemption du service militaire. En 1874, la Russie instaure la conscription générale, et beaucoup repartent vers les États-Unis et le Canada.

Au Canada, une loi imposant l'école publique en anglais pousse les groupes les plus conservateurs à chercher une autre terre : les mennonites de la future colonie Menno quittent le Canada pour le Paraguay après 1917. D'autres arrivent directement d'Union soviétique ou d'Ukraine, par l'Allemagne. Selon Wikipédia en, 25 % des mennonites du Paraguay viendraient directement de Russie, 51 % de Russie via le Canada et 22 % de Russie via le Canada et le Mexique.

Loi 514 de 1921 : les privilèges accordés aux mennonites

Le Paraguay a accueilli les mennonites grâce à la loi 514, promulguée le 26 juillet 1921. ABC Color, dans un supplément de 2022 consacré aux 95 ans de la colonie Menno, en résume les garanties : liberté de culte, administration propre (écoles comprises, avec l'enseignement en allemand), gestion des successions avec protection des veuves et des orphelins, et exemption du service militaire obligatoire. En contrepartie, les colons promettaient de faire du Chaco « une région productive et utile pour le Paraguay ».

Nous n'avons pas pu lire le texte officiel sur le site de la Bibliothèque et Archives du Congrès (bacn.gov.py) : le détail des articles n'est donc pas reproduit ici, et les listes de privilèges varient d'une source à l'autre. Le pasteur Víctor Wall, interrogé par La Nación en octobre 2025, indique que la loi est toujours en vigueur et que son esprit se retrouve dans la Constitution. Celle-ci reconnaît l'objection de conscience pour des raisons éthiques ou religieuses (article 37) et ne reconnaît aucune religion officielle (article 24).

Arrivées de 1927, 1930 et 1947 : Menno, Fernheim et Neuland

1927 : la colonie Menno et Loma Plata

Entre décembre 1926 et novembre 1927, environ 1 745 mennonites canadiens arrivent au Chaco en sept groupes (ABC Color), un chiffre que la coopérative Chortitzer arrondit à 1 743. Ils fondent 14 villages sur des terres payées 12 dollars l'hectare via la Corporación Paraguaya, toujours selon ABC. Un Comité de prévoyance, créé en novembre 1922, avait piloté l'émigration depuis le Canada. Le siège actuel de la colonie, Loma Plata, est daté du 25 juin 1927. Le centenaire est attendu en 2027.

Photo d'archive de 1935 : la famille Toews devant sa maison à Waldheim, colonie Menno, Chaco
La famille Toews devant sa maison de Waldheim, dans la colonie Menno, en 1935 (archives de l'Église mennonite des États-Unis). Photo Mennonite Church USA Archives (fonds H.S. Bender), sans restriction, Wikimedia Commons

1930 : Fernheim et Filadelfia, des réfugiés de l'URSS

La colonie Fernheim est fondée en 1930 par des mennonites fuyant l'Union soviétique, passés par l'Allemagne. D'après ABC Color, 61 familles arrivent cette année-là et s'installent parmi les Enlhet, qui les auraient aidées à faire leurs premiers pas dans la forêt chaqueña. Le centre de la colonie, Filadelfia, a été déclaré municipalité en 2006.

Photo d'archive : familles mennonites germano-russes embarquées à bord du paquebot Bayern pour le Paraguay
Familles mennonites embarquées à bord du Bayern pour le Paraguay (archives de l'Église mennonite des États-Unis, date non précisée). Photo Mennonite Church USA Archives (fonds H.S. Bender), sans restriction, Wikimedia Commons

1947 : Neuland, un exode de la Seconde Guerre mondiale

Neuland naît de l'arrivée, en 1947-1948, de réfugiés d'Ukraine et de Pologne passés par des camps en Allemagne : la colonie compte 2 474 arrivants d'après ses listes de bateaux. Le Comité central mennonite (MCC) achète environ 40 leguas, soit 75 000 hectares, et le nom de Neuland est donné en janvier 1948. La coopérative Neuland est installée le 1er juin 1949. La même vague peuple Volendam, dans la Région orientale. Wikipédia en évoque environ 3 500 arrivants pour les deux colonies.

Où vivent les mennonites : colonies du Chaco et de la Région orientale

Les colonies se partagent entre deux régions : le Chaco (ouest, climat chaud et sec) et la Région orientale (plus humide). Une enquête de 2020, citée par Wikipédia en, recense 25 colonies au Paraguay. Le tableau de la page en liste 22. Les populations ci-dessous sont celles de 2022 d'après ce tableau, qui reprend un décompte mennonite (Neue Zahlen, menno-welt.net) et non le recensement officiel.

ColonieRégionFondationOriginePopulation 2022
Menno (Loma Plata)Chaco1927Canada10 700
Fernheim (Filadelfia)Chaco1930URSS, Canada4 984
NeulandChaco1947URSS2 347
FrieslandEst1937URSS, Canada672
VolendamEst1947URSS, Canada710
BergthalEst1948Canada3 823
SommerfeldEst1948Canada4 963
Rio VerdeEst1969Mexique3 600
Nueva DurangoEst1978Mexique2 410
ManitobaEst1983Mexique1 269
MadelónChaco2013Nueva Durango360
Monte ClaroChaco2017Rio Verde373

Le total listé est de 38 731 pour 22 colonies (dix autres petites colonies, dont Asunción, Reinfeld ou Tres Palmas, ne figurent pas dans l'extrait ci-dessus). Source : Wikipédia en, « Mennonites in Paraguay », consultée le 18 octobre 2026.

Colonies conservatrices et colonies ouvertes

Les auteurs distinguent des colonies dites progressistes (Menno, Fernheim, Neuland), très insérées dans l'économie nationale, et des colonies plus traditionnelles (Sommerfeld, Bergthal, et celles venues du Mexique comme Rio Verde, Nueva Durango et Manitoba). La frontière varie selon les auteurs : chaque colonie a sa propre administration et fixe ses règles sur l'école, la langue ou la technologie. Madelón et Monte Claro, dans le Chaco, sont deux colonies récentes fondées depuis le Paraguay même, par des groupes de Nueva Durango et de Rio Verde.

Silos à grains de la coopérative agricole Sommerfeld à Campo 5, colonie mennonite de la Région orientale (Caaguazú)
Silos de la coopérative agricole Sommerfeld à Campo 5, colonie mennonite de la Région orientale (Caaguazú). Photo Va de Carro, CC BY 3.0, Wikimedia Commons

Combien de mennonites y a-t-il au Paraguay ?

La série publiée par Wikipédia en (d'après des travaux de Redekop, Klassen et le décompte de 2022) montre une croissance continue : 1 743 personnes en 1927, 4 354 en 1940, 12 001 en 1950, 22 710 en 1987, 29 045 en 2000, environ 30 000 en 2008 et 38 731 en 2022. Ces chiffres comptent tous les membres des colonies, enfants compris. Certaines sources ne comptent que les adultes baptisés.

Les estimations récentes divergent : environ 40 000 selon un président d'association mennonite cité par La France Agricole en 2026. Le Monde diplomatique parlait de 30 000 en 2001. Le recensement 2022 de l'INE (ine.gov.py) n'a pas pu être consulté sur cette question : nous ne présentons donc aucun chiffre officiel de population mennonite.

Langue des mennonites du Paraguay : plautdietsch, allemand et espagnol

Le plautdietsch (bas-allemand mennonite) est la langue maternelle de la plupart des familles d'origine russe. D'après Wikipédia en, Ethnologue estimait 40 000 locuteurs en 2007. L'allemand standard (Hochdeutsch) sert à l'église, à la Bible et à l'école. L'espagnol, langue de l'État et du commerce, est enseigné dans toutes les écoles des colonies, et l'anglais figure parmi les langues de certaines colonies, notamment celles d'origine américaine.

La loi 514 a permis aux colonies de tenir leurs propres écoles, avec un enseignement d'abord en allemand. Aujourd'hui, les générations plus jeunes grandissent souvent en espagnol, et dans les villes mixtes comme Filadelfia, de nombreux habitants indigènes parlent leur propre langue. Pour la place du guarani et de l'espagnol dans le pays, voir la page sur les langues du Paraguay.

Coopératives mennonites : Chortitzer, Fernheim et Neuland dans le lait et la viande

Chaque grande colonie du Chaco a sa coopérative : Chortitzer (Loma Plata), Fernheim (Filadelfia) et Neuland. Chacune possède un frigorifique (dont FrigoChaco, à Filadelfia) et, pour la plupart, des activités laitières. Alfred Fast, président de la Fecoprod, estime dans ABC Color (24 mai 2025) que ces trois frigorifiques représentent près de 30 % des exportations de viande du pays.

Camions-citernes de lait Trébol devant l'usine laitière de la coopérative Chortitzer à Loma Plata
Camions-citernes de lait devant l'usine laitière Trébol de la coopérative Chortitzer, à Loma Plata. Photo Cmasi, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

Lait : qui produit quoi

Depuis février 2025, Chortitzer transforme dans son usine Lácteos Trébol tout le lait de vache de Fernheim et de Neuland, et reprend les marques CO-OP, Tropicana et Campella. Le directeur général, Florián Reimer, attend environ 40 000 litres de plus par jour. La fusion a été autorisée par la Commission nationale de la concurrence (résolution D/AL n° 51/2025). Trébol compte plus de 160 marques (Dairy News, 5 juin 2025).

Pour Fernheim, ABC Color a publié en 2017 les chiffres de 2016 : 27 millions de litres collectés par an auprès d'environ 120 producteurs, 208 300 animaux abattus chez FrigoChaco, 7 400 tonnes d'arachide et 3 979 tonnes de sésame, et plus de 2 500 emplois directs. Les données plus récentes de chaque coopérative n'ont pas pu être consultées.

Quelle part du lait paraguayen ? Trois chiffres, pas de statistique publique

La part des mennonites dans le lait dépend de la source. ABC Color (2025) rapporte que les coopératives du Chaco central et de la Région orientale représentent environ 90 % du lait industrialisé. La France Agricole (2026) cite près de 80 % de la production laitière nationale et 70 % de la farine de blé, d'après le président de l'association Sommerfeld. Ces chiffres viennent de dirigeants communautaires, pas d'une statistique du ministère de l'Agriculture que nous aurions pu consulter : lisez-les comme des ordres de grandeur. Alfred Fast attribue aussi aux colonies 6 à 7 % du PIB pour moins de 1 % de la population.

Pour un projet de ferme ou d'estancia dans le Chaco, le fonctionnement de ces coopératives (collecte du lait, abattage, conseil technique) compte, mais les règles d'achat sont celles de tout acquéreur : voir acheter une estancia ou une ferme au Paraguay.

Mennonites et peuples indigènes du Chaco : ce que disent les sources

Le Chaco était habité bien avant 1927. Au recensement 2022, le Paraguay compte 140 206 personnes indigènes, dont des Nivaclé, des Enlhet, des Enxet, des Ayoreo et d'autres peuples du Chaco (chiffres détaillés dans le guide du Chaco). Cette section rapporte des faits publiés et des positions attribuées, sans trancher entre elles.

Ce qui est documenté

ABC Color rapporte que les premières familles de Fernheim, en 1930, se sont installées parmi les Enlhet, qui les auraient aidées à s'adapter. Les colonies ont fondé en 1961 l'Asociación de Servicios de Cooperación Indígena Mennonita (ASCIM), pour le développement social et économique des populations indigènes (Wikipédia en). En 2009, Neuland a fondé un établissement pour 80 familles nivaclé (histoire de la colonie). Dans le Chaco central, les indigènes formaient 52 % de la population en 2005 selon Wikipédia en, et une tribune de 2009 (voir plus bas) décrit des travailleurs indigènes employés directement par les colonies.

Église mennonite en briques rouges à Loma Plata, colonie Menno, Chaco
Église mennonite en briques rouges à Loma Plata, dans la colonie Menno. Photo Cmasi, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

Foncier et déforestation : un débat ouvert

Les terres des colonies ont été achetées à des propriétaires privés dès les années 1920, alors que les peuples du Chaco y vivaient depuis longtemps. La Constitution protège aujourd'hui les terres communautaires indigènes (article 64, cité dans la page du Chaco). Les arrêts de la Cour interaméricaine des droits de l'homme sur le Chaco (Yakye Axa, Sawhoyamaxa, Xákmok Kásek) visent l'État paraguayen, pas les coopératives mennonites.

Sur la déforestation, une enquête de l'ONG britannique Earthsight publiée en septembre 2020, relayée par le média paraguayen El Surti, accuse la coopérative Chortitzer et deux sociétés brésiliennes (Yaguareté Porá et Caucasian SA) d'avoir déboisé illégalement 2 600 hectares entre 2018 et 2020 dans la réserve du peuple ayoreo totobiegosode, en Alto Paraguay. D'après les registres publics cités, Chortitzer y a acheté 22 000 hectares en avril 2019. L'article d'El Surti ne rapporte aucune réponse de la coopérative. Nous n'en avons pas trouvé d'autre. Le chiffre de 2 600 hectares est celui des trois sociétés réunies, pas de Chortitzer seule.

Positions des mennonites et de leurs observateurs

Alfred Fast (Fecoprod) déclare qu'il faut traiter les communautés indigènes « comme des citoyens paraguayens de première classe » et acheter leur production plutôt que leur faire des dons (ABC Color, 2025). Dans une tribune de 2009 publiée par les Éditions mennonites, journal des Églises mennonites de France, l'auteur note que les Indiens travaillent pour des coopératives dont ils ne sont pas membres, ce qui « met mal à l'aise », tout en saluant les hôpitaux et l'assurance santé que les colonies se sont donnés. Ce sont des positions d'observateurs, pas des constats.

Visiter les colonies mennonites : musées de Filadelfia et de Loma Plata

Les colonies se visitent comme n'importe quelle ville du Chaco. À Filadelfia, le musée Jakob Unger est consacré à l'histoire des colons. À Loma Plata, le musée historique de la colonie Menno est cité par les voyageurs, ainsi que la laiterie Trébol, qui propose des visites. Nous n'avons pas pu confirmer horaires et tarifs : appelez avant de partir.

Musée Jakob Unger à Filadelfia, consacré à l'histoire des colons mennonites du Chaco
Le musée Jakob Unger à Filadelfia, consacré à l'histoire des colons mennonites du Chaco. Photo Cmasi, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

La route, la Transchaco, est longue (comptez de 450 à 470 km depuis Asunción pour Filadelfia) et demande de la préparation. L'itinéraire de trois jours, l'hébergement, les musées, la saison sèche et les consignes officielles sont dans le guide du Gran Chaco paraguayen. Les conseils du ministère des Affaires étrangères sur la circulation de nuit et la zone du Chaco sont repris dans la page sécurité au Paraguay.

Questions fréquentes sur les mennonites du Paraguay

Quelle est la différence entre les Amish et les mennonites ?
C'est quoi la religion mennonite ?
Quelle est la religion au Paraguay ?
Combien de mennonites vivent au Paraguay ?
Quelle langue parlent les mennonites du Paraguay ?
Où sont les mennonites en France ?
Peut-on visiter les colonies mennonites du Paraguay ?